Deux
mois en Afrique du Sud
Mes
tribulations au paradis des succulentes...
Je remercie les passionnés
et autres
botanistes qui m'ont aidé à
préparer ce voyage, et par la suite, à mieux
comprendre
la biologie de
ces plantes dans la nature. Merci à John Lavranos
(Portugal),
Ernst Van
Jaarsveld (RSA), Steven Hammer (USA), Steven Brack (USA), Derek Tribble
(Angleterre), Chris
Rodgerson (Angleterre), Gordon Rowley (Angleterre), Gerhard Marx (RSA),
Desmund et Naureen Cole (RSA), Jean-André Audissou (France),
Rikus Van Velduizen (Pays-Bas), Jean-Michel Moullec (France),...
Le 4 Juillet 2008, je partais seul
à la
conquête de
l’Afrique du Sud. A la recherche de succulentes à
travers
les principales régions désertiques du pays...
Little
Karoo, Great Karoo, Ceres Karoo, Knersvlakte, Kamiesberge, Namaqualand,
Bushmanland, Richtersveld, Sandveld et enfin Hardeveld... J'y ai
observé la beauté et la diversité de
la flore et
de la faune mais aussi des
paysages, des populations et des cultures. J'ai pu étudier
les
succulentes sur le terrain, plantes qui se sont
spécialisées de façon extraordinaire
pour survivre
dans ces différentes régions.
La nature des sols, la
pluviométrie, les
formations géologiques, l’exposition au soleil, la
latitude ou l’altitude, la
distance à la mer sont autant de paramètres
tellement variables en Afrique du
Sud que chaque site a sa particularité propre et
recèle ainsi de ses propres
espèces endémiques et
ultra-spécialisées.
Nous y avons eu de nombreuses
surprises : trouver des
plantes là où on ne les attend pas, observer des
hybrides naturels, essayer de
comprendre sur le terrain les nombreuses variations qui
séparent deux espèces,
rendant le travail du taxonomiste très difficile.
Il reste beaucoup de choses
à
découvrir en Afrique du Sud, où l’on
décrit chaque année de nombreux nouveaux
taxons. Chaque site recèle d’une flore
inimaginable, bien que l’on passe
souvent à côté de plantes qui dorment
ou qui se cachent très bien pendant la plupart
du temps. On pourrait passer des années à
arpenter ces régions sans s’en
lasser, sans ne jamais voir la même chose d’une
visite à l’autre. Les étendues
sont tellement vastes !
Voir ici pour
les photos de Graaff-Reinet et ici
pour mes impressions suite à mon séjour
à Graaff-Reinet!
Partie 1: A
quatre-pattes, pour dénicher les succulentes cryptiques,
géophytes, ou naines du Knersvlakte
Pourquoi
à
quatre-pattes? Tout simplement parce que c'est la manière la
plus simple de trouver des plantes succulentes qui ont
évolué de manière à pouvoir
survivre sur
les champs de quartz, dans des conditions infernales: une amplitude
thermique énorme: 40°C le jour, -5°C la
nuit, un milieu
très aride: entre 100 et 300mm de pluviométrie
annuelle.
Quoique,
même
à quatre-pattes ce n'est pas toujours si facile! Tout
d'abord
nous trouvons les nombreux Argyroderma delaetii. Quelle chance, la
pluie est tombée il y a peu de temps: les plantes sont bien
gonflées!

Voilà
donc le
fameux Argyrpderma delaetii. Il porte un fruit en cours de maturation
(rose) ainsi que deux nouvelles feuilles en formation. En effet, il
renouvelle ses feuilles tous les ans. Je repars à
quatre-pattes,
je cherche entre les grains de quartz... et surprise!! Rasant le sol,
des Lithops divergens font partie de mes découvertes. De
minuscules plantes: 8-10mm de diamètre ! Malheureusement il
se
camouflent trop bien dans le quartz!

Et
les voilà!
J'ai retiré le quartz environnant pour pouvoir les prendre
en
photos... Remarquez, en haut à droite des Lithops, voyez
vous
ces minuscules Crassula aux fleurs rouges? Je ne les ai vues
qu'à mon retour! Mais je ne suis pas au bout de mes
découvertes... Imaginez encore plus petit... Et oui! c'est
le
Diplosma luckhoffii !

Voyes vous les nombreux Diplosoma luckhoffii? J'en compte plus d'une
cinquentaine sur cette photo! Heureusement ils sont en fleurs! Il
s'agit une fois de plus d'une Mesembryanthemaceae, sans doute la plus
miniature de toutes. C'est une plante qui pousse de manière
très localisée dans la nature, dans cette
région
du Knersvlakte. L'autre espèce du genre est Diplosoma
retroversum.

Allez on se rapproche, voilà la fleur du Diplosoma
luckhoffii!
Le corps est caché sur la photo mais il est normalement
composé de deux lobes verts. Certains botanistes
considéraient l'espèce comme une annuelle. En
fait, c'est
une plante vivace, mais dont la durée de vie est
très
courte (3-4 ans). J'ai pu observer chez moi que la plante pouvait se
régénérer à partir de
racines uniquement.

Une photo éblouissante... Oophytum oviforme dans toute sa
splendeur. Une mesembryanthemaceae, une fois de plus! Cette plante
pousse aussi sur une couche dense de quartz, avec Argyroderma delaetii.
D'ailleurs, avez vous remarqué, autour de l'Oophytum, les
petits
Argyroderma delaetii? Ils sont à moitié
recouverts par le
quartz. Ces Oophytums sont tous en fleurs aujourd'hui... le champ de
quartz en est métamorphosé!

Une géophyte maintenant. Avez vous reconnu le magnifique
Tylecodon pygmaeus? Cette plante de la famille des Crassulaceae est
endémique au Knersvlakte. Elle est miniature (3-4cm) et, en
tant
que géophyte, possède une grosse racine napiforme
sous la
surface du sol.

J'avance un peu. Crassula columnaris var proliferans, un
véritable feu d'artifice! C'est aussi une Crassulaceae, mais
celle-ci a une aire de répartition bien plus large. Elle
recouvre en effet tout le Namaqualand. Une fois, la plante
défleurie, elle perd sa tige principale et repars de ses
nombreux rejets.

Voilà enfin un vénérable Tylecodon
pearsonii. Il
correspond à la forme décrite auparavant comme
Tylecodon
luteosquamata. C'est une plante pachycaule, c'est à dire que
son
tronc est renflé à la base.

Le Knersvlakte, lieu unique au monde... Des champs de quartz
à perte
de vue... Le Knersvlakte s’est formé à
la suite de
l’érosion intensive,
du à la présence il y a quelques millions
d’années de l’immense delta du fleuve
orange qui à l’époque se vidait dans
l’océan quelques centaines de
kilomètres
plus au Sud. Le fleuve aurait érodé des massifs
entiers
riches en quartz et
autres roches métamorphiques, et les aurait
charriées
tout au long de son
voyage, pour former ce vaste tapis de quartz qui recouvre la plupart de
la
région. Aujourd’hui c’est la
rivière de
Soutriver et ses affluents qui continuent
le travail d’érosion.
Partie 2:
Florent dans son habitat naturel !
Au cours de mon voyage j'ai, avec Celestin ou avec mon père,
découvert les nombreux milieux naturels de l'Afrique du Sud.
Mais pour cela, il faut marcher, escalader, dégringoler,
glisser, chercher,... Les succulentes et autres xérophytes
ne se
dévoilent pas du premier coup!

Ici, nous sommes près de Bitterfontein, sur un champ de
quartz.
Après avoir découvert les nombreux Lithops
divergens,
Diplosoma luckhoffii, je pars à l'affût dans une
autre
direction. Ici, je peux photographier Aloe variegata, des Bublines,...

Pour prendre cette photo, j'ai grimpé tout un pan de
montagne.
En effet ces Pachypodium namaquanum, emblème du
richtersveld, ne
poussent que là-haut. Contents de notre rencontre avec ces
géants multicentenaires, nous redescendons, en
découvrant
d'autres plantes endémiques à la
région:
Conophytum longum, Aloe dichotoma, Conophytum ectypum, Crassula
deceptor,...

Cette photo est sans doute ma
préférée... Notre
4x4 au fond est stoppé sur la piste, je prend accroupi en
photo
de belles Crassula macowaniana après avoir grimpé
ce pan
de falaise avec mon père.

En admiration face aux plus beaux paysages du monde.... Seuls dans ce
désert inhospitalier, deux originaux cherchent des
succulentes.
Partie
3: A la découverte du Bushmanland et
de ses habitants !
Le Bushmanland fait partie de la
grande dépression
intérieure à l’Afrique du Sud. Il se
situe au Nord-Est du pays, non loin du
Namaqualand et du Richtersveld. Durant les 250 derniers millions
d’années,
cette grande dépression plane était en fait un
vaste marécage. Puis à la suite
de changements climatiques, la région s’est
désertifiée. C’est ainsi
qu’est
apparue cette vaste étendue plane. Les sols sont de
différentes
compositions : souvent ferrugineux, ils peuvent aussi
être salins mais
surtout quartziques. En effet le fleuve Orange a au cours des temps a
érodé les
massifs de roches métamorphiques telles que le quartz. Dans
cette région très
aride, il tombe en moyenne 150mm d’eau par an.

Quittant les Kamiesberge, le relief s'estompe. Les ânes sont
les
animaux préférées des populations
métisses
de la région!

Nous arrivons dans le Bushmanland... vaste étendue
désertique. Ici, on trouve des merveilles de la nature. Ces
Trachyandra
tortilis
jouent aux montagnes russes!

Les plantes qui dominent le paysage sont ici les Cheiridopsis sp. Ces
Mesembryanthemaceae se plaisent sur les champs de quartz. Notez, sous
la plante, la petite Crassula columnaris ssp proliferans ainsi que la
plus grosse Crassula deltoidea à droite! Un
xérophyte
pousse au dessus, également. Quelle diversité!

Les bulbes spiralés sont innombrables dans la
région. Celui-là est très joli!

De la famille des Portulacacées, voilà le petit
Avonia
albissima; Comme le nom de l'espèce l'indique, il est blanc!
Notez le petit bulbe à gauche de la plante! On les compte
par
centaines sur ce champ de quatrz!

Et voilà Psammobates tentorius, la tortue du
désert. Elle
vit ici, sous les buissons de Mesembryanthemaceae et sous les
Pelargonium dasyphyllum. Elle mesure environ 20cm de long, elle vit
cachée la plupart du temps. Nous avons eu beaucoup de chance
de
la rencontrer.

Qui est ce petit bonhomme? Monsonia salmoniflora! Cette Geraniaceae
était auparavant classée dans le genre
Sarcocaulon qui
est devenu Monsonia. Ces plantes subissent un stress hydrique
très important sur ce champ de quartz, d'où les
feuilles
rouges et l'allure pachycaule, avec un tronc très
renflé.
Plus au nord, là où il pleut plus, les plantes
sont plus
grandes (environ 1m) et leurs feuilles sont vertes.
A bientôt!!!